PASSION PARFUM : L'ESSENCE D'UNE IDENTITÉ
Le 98ème salon national des collections parfumées organisé à Limoges a connu un vif succès. Pour mettre en valeur l'image et la renommé de ce patrimoine d'une exceptionnelle richesse, André COGNAT distille l'idée de la création d'un musée du parfum dans notre pays, berceau de la porcelaine et de la ganterie de luxe.
Chacun d'entre nous possède sur ses étagères de salle de bain bien en vue et alignés des grands ou petits flacons de parfum, offert souvent, qui sont devenus au fil du temps une part intime de soi, un prolongement de son identité à travers une odeur singulière, fruit d'une alchimie unique. Depuis des siècles, le parfum et l'objet qui s'attache à lui (flacon, étui, coffret, échantillon) matérialisent cette chose évanescente, à fleur de peau et consubstantielle à l'homme. Source de création, il a permis l'expression de grands créateurs, flaconniers, maître verriers, parfumeurs, stylistes, peintre allant de Roger Gallet à Louis-Thoussaint-Piver, Nina Ricci, Guerlain en passant par Lallique, Jean Cocteau ou Salvatore Dali. Ce monde de prestige et de goût, source de cultures éclectiques, d'époques raffinées, André Cognat se l'est accaparé pour mieux nous faire partager telle l'essence subtile d'un de ses flacons précieux. Pour lui, ce salon est un lieu privilégié où "On échange du parfum, ses connaissances sur cette culture dans un contexte d'amitié, de sympathie et de convivialité. Cela aide à pérenniser les choses et à agrandir le cercle des initiés". Collectionneur passionné, André Cognat cherche depuis 20 ans à redonner sa place à toute une mémoire culturelle, artistique liée à la cosmétique, la parfumerie. "Il y a deux types de collectionneurs, celui qui cache et celui qui montre. Je fais partie de la deuxième." Dans cette perspective de découverte et de partage, l'instigateur d'une exposition itinérante nommée "Parfum baladins" rêve de la création d'un musée du parfum dans la région. "Ce serait un projet ambitieux, haut de gamme pour la région. Il faut rappeler que les maîtres gantiers de Saint-Junien ont été les premiers parfumeurs et que la porcelaine a joué aussi un rôle dans la fabrication de série limitée". Alors que Limoges célèbrera en 2003 un siècle de parfumerie, l'occasion de réunir des synergies et les idées autour d'un projet est à creuser… Francis Babarou expose dans ce salon des pièces rares des XVIIIè et XIXè siècles. "La qualité de ces objets est souvent extraordinaire, le travail du verrier, l'invention de la forme, la perfection du détail. Dali a dessiné pour Elsa Schiaparelli la ligne du flacon célèbre "Roi soleil", exécuté par Baccarat, un des plus grands maître verriers".
Une amatrice dira son émotion à la vue de ces œuvres d'art dédiées à l'éphémère. "Mon grand-père était verrier et j'ai toujours eu la passion des belles choses finies, du travail bien fait dans la création mais cet univers tend à disparaître à l'ère du profit et du tout jetable."
A cette nostalgie, Marcel Proust donne ses lettres de noblesse. "Le parfum est la forme la plus intense du souvenir" écrit-il dans "La recherche". Cette idée flotte dans l'air du temps. Un musée saura-t-il lui donner un sens, à vue de nez…
Serge HULPUSCH
L'Echo de la Haute-Vienne / 14-01-2002 / p.5